LA RESURRECTION

LA RESURRECTION DE L’HOMME NOIR

 

Sermon du dimanche de Pâques prononcé au Liberty Hall, New York, le 16 avril 1922

 

Le Seigneur est ressuscité ! Il y a un peu plus de dix-neuf siècles, naissait un homme du nom de Jés-us. Il venait sur terre au nom d’une cause : la rédemption de l’humanité déchue.

 

Il vint, et le monde refusa de l’entendre ; le monde le rejeta, le monde le persécuta, les hommes le crucifièrent. Il y a quelques jours, il fut cloué à la croix du Calvaire ; il mourut, on l’enterra. Aujourd’hui, il est ressuscité ; ressuscité, le guide spirituel de la création, ressuscité comme le premier fruit d’entre ceux qui dormaient. Aujourd’hui, ce seigneur crucifié, ce Christ crucifié contemple les affaires humaines du haut de son trône spirituel.

 

Des centaines d’années ont passé ; la doctrine qu’il enseignait est devenue la religion officielle de centaines de millions d’êtres humains. En ressuscitant, il a triomphé de la mort et de la tombe ; par sa résurrection, il a prouvé à l’humanité que sa cause était spirituelle. La vérité de sa doctrine le monde l’a comprise trop tard pour pouvoir l’accepter de son vivant. Mais ce que Jés-us a subi durant sa vie n’est autre que le sort réservé à tout réformateur, à tout mouvement de réforme. Il est venu changer l’attitude spirituelle de l’homme à l’égard de son frère. De son temps, les gens n’ont pas trouvé cela normal, pas plus qu’ils ne le trouvent normal aujourd’hui. L’homme qui tente d’apporter des changements à la société humaine, est considéré comme dangereux imposteur par la société et pat ceux qui contrôlent les systèmes en place.

 

La volonté de réduire les autres en esclavage

 

Tout au long de l’histoire, l’homme a tenu son frère en esclavage, l’a asservi pour l’exploiter. Quand Jés-us arriva, une petite minorité de privilégiés profitait des masses infortunées. Comme les enseignements de Jésus visaient à faire reconnaître des droits égaux à tous les hommes sur le plan spirituel et même temporel, ceux qui avaient en main le pouvoir et l’empire, cherchèrent à le priver de sa liberté par leurs accusations, et de sa vie en le condamnant à mort. Il fut appelé à sacrifier sa vie à la cause qu’il aimait – car il était, en vérité, un réformateur authentique.

 

L’exemple du Christ

 

L’exemple que nous a montré notre Seigneur et Maître, il y a dix-neuf siècles, est celui que chaque réformateur doit être prêt à suivre s’il a vraiment l’intention de servir ceux qu’il guide. Servir l’humanité signifie se sacrifier. C’est ce que nous a montré notre saint Seigneur et Rédempteur, dont nous fêtons aujourd’hui la résurrection. Il y a près de deux mille ans, le Christ a triomphé de la mort et s’est relevé d’entre les morts ; de même aujourd’hui, je l’espère, 400 millions de noirs vont triompher de leur ancien état d’esclaves, intellectuellement, physiquement, moralement et même religieusement ; en cet anniversaire de la résurrection de notre Seigneur, réveillons-nous d’un assoupissement de plusieurs siècles, élevons notre pensée vers de plus grands idéaux, de plus vastes perspectives, vers une conception plus juste de la vie !

 

Pas de supériorité ni d’infériorité

 

Hommes et femmes réunis au « Liberty Hall », hommes et femmes de ma race, savez-vous que le Dieu que nous aimons, que le Dieu que nous adorons, et qui nous a envoyé son fils, il y a près de deux mille ans, n’a jamais créé un homme inférieur ? Ce Dieu à qui va notre amour, notre adoration et nos prières, a crée l’homme a sa propre image, égal en tous points, quelle que soit sa race : qu’il soit blanc, jaune, rouge ou noir, Dieu l’a crée l’égal de son frère, car il est un Dieu d’amour, un Dieu de miséricorde. Il n’est pas dans sa nature d’accorder une considération particulière à un individu plutôt qu’un autre, et dans son amour universel, il n’aurait pu créer une race supérieure et une race inférieure. Le Dieu que vous adorez, attend de vous que vous vous montriez l’égal des autres hommes. Tel est le Dieu que j’adore, et il ne saurait être autre.

 

Certains d’entre nous semblent accepter l’attitude, le point de vue fataliste, qui consiste à dire que Dieu nous a assigné une certaine place, une certaine condition, et qu’il ne vaut donc pas la peine d’essayer d’en sortir. Dès l’instant où vous acceptez une telle attitude, une telle opinion, dès l’instant où vous nourrissez de telles pensées, vous jetez une insulte à la face du Dieu qui vous a crées, puisque vous mettez en question son amour, vous mettez en question sa miséricorde. Dieu a crée l’homme, et l’a placé dans ce monde comme seigneur de la création, comme souverain de tout ce qui s’offre à ses yeux : la terre, la mer, les lacs, les rivières et tout ce qu’il y a dedans. Tout ce que vous voyez dans la Création, tout ce que vous voyez dans le monde, a été créé par Dieu pour l’usage de l’homme, et vous, 400 millions d’âmes noires, avez autant de droits que quiconque à votre part dans ce monde.

 

Créés à l’image du même Dieu, nous avons en commun les mêmes droits, et aujourd’hui, je suis sûr qu’il y aura une résurrection spirituelle et matérielle de le race noire du monde entier ; que vous vous sortirez de l’ornière du passé, des doutes du passé, de la léthargie du passé, pour vous lancer dans cette nouvelle vie – une vraie résurrection – et voir la vraie nature des choses.

 

Maîtres de votre propre destinée

 

Je le répète, Dieu vous a faits maîtres de votre propre destinée, maîtres de votre sort, et vous ne pouvez mieux rendre hommage à votre maître divin qu’en accomplissant les fonctions d’hommes pour lesquelles Il vous a crées.

 

Le plus grand compliment que vous puissiez faire à votre Créateur, le plus haut témoignage de respect que vous puissiez rendre à votre Maître et Sauveur ressuscité, c’est de lui faire sentir qu’en vous créant, Il a crée son chef d’œuvre, l’instrument parfait de sa propre existence, puisqu’en vous, se reflète l’existence même de Dieu. Il est dit que nous avons été créés à sa propre image, c'est-à-dire que nous sommes nous-mêmes à l’image de sa grandeur, que nous reflétons une partie de Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit ; quand nous nous laissons asservir, que nous acceptons des supérieurs en la personne d’autrui, c’est une insulte que nous jetons à la face de notre Créateur, qui nous a faits dans la plénitude de nous-mêmes.

 

Je suis sûr que vous vivrez dorénavant en maîtres absolus de votre sort et de votre destinée ; et si vous désirez quelque chose dans ce monde, c’est à vous, avec foi et confiance en vous-mêmes, à vous en saisir ; ce qui existe dans la nature, Dieu l’a crée pour votre bonheur.

 

La nature est généreuse ; la nature, pleine de ressources, est prête à se plier aux ordres de l’homme – l’homme, ce seigneur souverain, dont la destinée est de se rendre maître du vaste monde qu’il habite.

 

La différence entre races fortes et races faibles

 

Ce qui différencie les races fortes des races faibles, c’est que les races fortes semblent se connaître elles-mêmes, elles semblent se découvrir, avoir pleine conscience d’un lien entre elles et le Créateur ; au-dessus d’elles, il n’y a rien d’autre que Dieu et rien de ce qui a forme humaine ne les surpasse ; aucune obéissance ni considération particulière n’est due à ce qui a cette forme. Grâce à ce sentiment, elles ont été capables de se défendre dans le monde ; elles ont pu prendre en main leur situation dans la nature ; or parce que nous manquions de foi et de confiance en nous-mêmes, d’autres, crées pourtant à la même image, ont pu se servir de nous durant des centaines d’années.

Pendant des centaines d’années, nous avons été le marche-pied d’autres races et nations de la terre, pour la simple raison que nous n’avons pas su nous reconnaître et savoir qui nous étions, alors que les autres cultivaient une réelle connaissance d’eux-mêmes et percevaient qu’il n’y avait rien dans le monde qui puisse les dominer, à l’exception de la puissance de Dieu.

 

Cette compréhension, que les autres ont acquise au cours de leur existence, est celle à laquelle 400 millions de noirs doivent parvenir. Je prie pour qu’une nouvelle inspiration descende sur notre race, pour que nous fassions de la nature notre serviteur, que nous voyions dans l’homme notre partenaire pour la vie, que nous parcourions le monde en long et en large, réalisant et achevant ce que réalisent les autres hommes, les autres nations et les autres races.

 

TRES SAINT JEAN MARCUS I SELASSIE I JAH RAS TAFARI !