
Les chanteurs s’interrompirent aux mots : « Ceint ton épée à ton côté dans ta Splendeur, dans ta Majesté … » Il y eut un moment de calme parfait, puis le Grand Prêtre du Sud s’avança avec l’Épée de Salomon.
L’Abouna prononça sa bénédiction sur l’arme étincelante, dont la garde était luxueusement ouvragée, puis elle fut placée devant l’Empereur qui se leva pour la recevoir.
« Par cette épée, s’écria l’Abouna, Vous ferez Justice. Vous protègerez la Sainte Église, secourrez la veuve et l’orphelin et toutes les victimes de l’oppression injuste ; Vous restaurerez ce qui est en ruine et vous maintiendrez tout ce que vous aurez restauré. Avec cette épée vous châtierez le méchant et honorerez l’homme droit ; et chacun de vos actes sera au service de Jés-us Christ Notre Sauveur ! »
« Que Dieu m’en rende digne » dit l’Empereur, en se ceignant de l’épée. Le sceptre fut béni et remis au Roi, puis le Globe fut offert selon le même procédé.
Deux évêques s’approchèrent ensuite et placèrent chacun une bague à chaque main de l’Empereur. Celle mise à la main gauche était un symbole de dévotion envers Dieu, celle mise à la main droite était un symbole de la gloire terrestre.
« Que Votre Splendeur Impériale soit aussi resplendissante que ces bijoux » dit l’évêque placé à droite quand la bague fut mise en place.
Puis, deux lances étincelantes furent présentées, avec leur magnifique surface d’or ciselé. L’Empereur se déplaça et de derrière le trône le Maître de la Chevalerie du Roi s’avança pour recevoir les lances en gage de sa fonction. Il y eut ensuite une pause solennelle.
Les prêtres entamèrent alors le chant du 44ème psaume, les choristes en tête, et pendant qu’ils chantaient, l’Abouna oint solennellement Hailé Sélassié, en prononçant ces mots : « Comme Samuel a donné l’onction à David, comme Zadok et Nathan ont donné l’onction à Salomon, je vous donne l’onction avec l’huile la plus sacrée. »
La Cérémonie de l’Onction se déroula en deux étapes. D’abord, par un léger toucher du doigt, l’Abouna apposa l’onction sur le front de l’Empereur, puis il baissa sa tête en prière. Aux mots «Que votre cœur se délecte de la justice », l’Abouna releva sa tête et toucha le buste de l’Empereur. Ensuite, il se retira solennellement.
Il était évident pour tout témoin que la cérémonie atteignait maintenant son apogée. D’un signe de l’Abouna, les choristes avancèrent avec empressement, puis alors que le Grand Prêtre d’Aksoum présentait la couronne à son supérieur pour l’étape finale du couronnement, il y eut une superbe explosion de chants, les paroles étant celles du psaume 45 : « Tes flèches sont aigues ; des peuples tomberont sous toi ; elles perceront le cœur des ennemis du Roi. Ton Trône, O Dieu, est à toujours ; le sceptre de ton règne est un sceptre d’équité. Tu aimes la Justice, et tu hais la méchanceté : c’est pourquoi, O Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile de joie, par privilège sur tes prochains … »
… Avec devant lui la couronne impériale, l’Abouna lu le psaume 21, un remerciement de David pour la victoire et une prière pour le succès dans le futur : « Éternel ! Le Roi se réjouit de ta protection puissante. Oh ! Comme ton secours le remplit d’allégresse ! Tu lui as donné ce que désirait son cœur, et tu n’as pas refusé ce que réclamaient ses lèvres. Car tu l’as prévenu par les bénédictions de ta grâce, tu as mis sur sa tête une couronne d’or pur. Il te demandait la vie, tu la lui as donnée, une vie longue pour toujours et à perpétuité.
Sa Gloire est grande à cause de ton secours : tu places sur lui l’éclat et la magnificence. Tu le rends à jamais un objet de bénédiction, tu le combles de joie devant ta face. Le Roi se confie en l’Éternel ; et, par la bonté du Très Haut, il ne chancelle pas. Ta main trouvera tous tes ennemis, ta droite trouvera ceux qui te haïssent.
Tu les rendras tels qu’une fournaise ardente, le jour où tu te montreras ; l’Éternel les engloutira dans sa colère, et le feu les dévorera. Tu feras disparaître leur postérité de la terre, et leur race du milieu des fils de l’homme. Ils ont projeté du mal contre toi, ils ont conçu de mauvais desseins, mais ils seront impuissants. Car tu leur feras tourner le dos, et avec ton arc tu tireras sur eux. Lève toi, Éternel, avec ta force ! Nous voulons chanter, célébrer ta puissance. »
Quand les derniers mots des paroles exultantes du Roi hébreu, qui était aussi un si grand poète, cessèrent, un moment de silence haletant passa. Puis, lentement, l’Abouna s’avança vers l’Empereur et plaça la couronne sur Sa Tête.
« Que Dieu accorde que cette couronne soit une auréole de sainteté et de gloire. Que vous, par vos prières, préserviez votre foi inébranlable et inconquérable. Que votre cœur soit pur, autant que l’est cet or. Et lorsque cette couronne sera mise de côté, que vous gagniez à la place une couronne de vie éternelle. »
Le monarque couronné se tenait debout, Sa tête relevée, et l’Abouna, contemplant lui aussi les cieux, cria « Aman ! »
Le Primat se retira alors et l’Empereur avança. Se tenant devant l’immense assemblée, un visage de dignité royale- humilité et exaltations mélangées dans le maintien de sa silhouette élancée, il répéta de façon claire un passage du Livre Saint. Le moment où avec une ferveur de saint Il implora Son Dieu de L’aider fut particulièrement émouvant… « Je suis le plus petit de mes frères… »
Les mots furent prononcés dans l’affluence du rassemblement, mais les auditeurs avaient l’impression qu’Haïlé Sélassié ne se rendait pas compte de ce qui L’entourait et que Son âme était seule avec Dieu.
Ainsi, le 2 Novembre 1930, Son Impériale Majesté l’Empereur Haïlé Sélassié fut couronné Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de Juda, Élu de LUI-même, Lumière de ce Monde, Défenseur de la Foi et Roi de Sion. Les représentants de 72 nations prêtèrent hommage devant Son Trône. »
DIEU DES ECLAIRS !
JAH RAS TAFARI SELAH !